ARS EN
TRIEVES : UN CHATEAU TRAGIQUE
Ars
en Avignonet est, selon l’expression heureuse de Lionel RIONDET « un site
tragique » (*)
En
effet, ce château ruiné, peut être l’un des plus méconnus du Trièves, est situé
dans un lieu tout à la fois austère, solitaire mais grandiose qui surplombe le
lit du Drac. On y accède soit par la rive nord du ruisseau de la Font Vieille,
du très beau hameau de Mageline (1) soit depuis les Cattiers par la Baume et le
lieudit Ars. Ce toponyme est intéressant : il a en effet plusieurs
origines possibles : le latin Arcius
(2), le mot Arc dans sa dérivante « Arca », « Arcus » (3) ou encore dans sa dérivante
arium = archers, qui évoque alors le gabion de pierre qui rectifie le cours
d’un torrent ou en protège les rives. Ces trois explications possibles,
séparément ou cumulativement, peuvent très bien s’appliquer à Ars bien
davantage que l’obscure tradition prétendant que le lieu pourrait être le
berceau de la famille d’Arces. Or, celle-ci, qui figure au nombre des grandes
familles seigneuriales du Dauphiné (4) est connue en Grésivaudan dès 1040 (5)
et n’a donc strictement rien à voir avec Ars en Trièves. .
(*)
ce site lui a inspiré le poème suivant :
« ARS ! Il existe un château tragique en
Dauphiné au bord du Drac, un château amnésique
Que les guerriers du
temps attaquent
Un château sans passé,
sans présent, sans devenir,
Un château abandonné
sans espoir, sans souvenir
Les vents s’y glissent,
semeurs d’angoisse,
Ses pierres y bruissent
pour retenir les ans qui passent.
Il survit un château
tragique en Dauphiné, tout près du Drac
Un château amnésique
Que les guerriers du
temps attaquent ».
Autant
le dire clairement : on ne sait rien, strictement rien, de l’histoire du
château d’Ars. TERRAS qui malheureusement ne cite jamais ses sources (6) dit
que « le hameau et le château d’Ars sont mentionnés dès 1250 ». Or
l’enquête delphinale de 1339 n’en fait aucune mention. Elle relève notamment
qu’à Avignonet, outre le château dépendant du dauphin (7),
(1) Mas Geline, mas des Gélines ou des Poules
en 1641
(2) domaine d’Arcius ?
(3) c’est alors l’arche du pont, le
château féodal proprement dit ou le donjon avec ses arcs boutant
(4) on connaît le célèbre dicton
« Arces, Varces, Granges et Commiers… »
(5) la tour d’Arces à Saint Ismier
(6) L. TERRAS : la Vicomté de Trièves
en vallée chevalereuse, 1970, page 375
(7) dont quelques traces informes
subsistent sur un piton rocheux dominant le Drac au lieudit « le
Château »
deux
familles ont maison forte : Guillaume Ismidon et Humbert de la Sale
(8) : l’une des deux était peut être la terre d’Ars.
Le château d’Ars de nos
jours (cliché de
l’auteur)
L’emplacement
du château d’Ars est fort surprenant : il surplombe le Drac tout en étant
en contrebas des hameaux traditionnels d’Avignonet. Cette situation n’a de sens
que si l’on admet que le château était alors situé à un passage stratégique
menant à un pont ou à un gué sur le Drac. Le beau chemin que l’on peut suivre
de la Baume à Ars puis jusqu’au Drac plaide largement en ce sens. Mais, on le
sait, la topographie des lieux a tellement été modifiée depuis la mise en eau
du barrage de Monteynard que l’on ne peut qu’imaginer aujourd’hui par la pensée
l’importance, l’évidence tout autant que l’intérêt stratégique de cette voie
dont seuls demeurent le stratum et la
largeur considérable pour ne point y voir qu’une simple voie de desserte.
L’architecture
de ce château, assez composite, présente toutefois deux époques distinctes de
construction :
-
un
état assez ancien, encore discernable dans les fondations et dans les caractéristiques
générales de la grosse tour carrée (ancien donjon ?),
-
des
adjonctions et une reprise quasi générale du gros œuvre entre le 15ème
et le 17ème siècles, avec sans doute une modification importante du
plan primitif par adjonction d’une tour et de nouveaux bâtiments au nord et à
l’ouest et l’ouverture de fenêtres à meneaux.
(8) voir à cette égard « les châteaux
delphinaux de la vallée de la Gresse » dans le présent site Internet
(études historiques).
L’architecture
du château d’Ars, assez composite, présente encore deux époques bien
distinctes :
-
un
état assez ancien, encore décelable dans les fondations et dans les
caractéristiques générales de la grosse tour carrée (ancien donjon ?),
-
des
adjonctions et une reprise quasi générale du château entre les 15ème
et 17ème siècles avec sans doute une modification du plan
primitif : adjonction d’une tour et de nouveaux bâtiments au nord et à
l’ouest, ouverture de fenêtres à meneaux…
Le
corps de bâtiment, partie la mieux conservée de nos jours, est pourvue de deux fenêtres
à meneau et croisillon plats et de plusieurs petites ouvertures chanfreinées
avec linteaux en accolade. Il comporte trois niveaux et des combles. Les étages
conservent encore des planchers à la française en place. La toiture repose sur
une corniche en tuf. Quoique dégradée, la haute toiture en pavillon, couverte
en tuile écaille.
L’autre
corps de bâtiment comporte également une fenêtre à croisillons moulurée et
plusieurs petites ouvertures. Il comporte également une fenêtre à croisillons
moulurée et plusieurs petites ouvertures du même type que celles du principal
corps de bâtiment mais sans arc en accolade. La face nord intègre une tourelle
carrée qui a manifestement été surélevée à une époque non connue. La petite
toiture en pyramide élancée, couverte en ardoise, qui couvre actuellement cette
tourelle menace de s’effondrer à tout moment.
Plusieurs
bâtiments plus petits, construits à proximité du château, sont dans un état de
ruine avancée et présentent des dangers d’effondrement (9)
On
ne connaît pas avec certitude l’époque de la désaffectation du château d’Ars,
ni celle du hameau situé en contre-haut du château, ce qui, au demeurant, est
assez inhabituel.
Le
parcellaire de Sinard et d’Avignonet de 1641 mentionne un seul habitant à
Ars : Jacques DELAYE sans que l’on sache s’il habitait le château.
Les
ruines du hameau sont maintenant englouties par la végétation et seules les
imposants vestiges du château, tels un décor inachevé d’opéra, témoignent d’une
majestueuse grandeur sont nous ignorons à peu près tout.
Le
Dr GUIRIMAND, historien reconnu et auteur d’un ouvrage consacré à l’un de ses
ancêtres, Claude GUIRIMAND, châtelain d’Avignonet (1663-1743) (10) fait une
place non négligeable au château d’Ars, à la famille de Roux et à ses descendants,
montrant le rôle important joué par la maison d’Ars et ses occupants dans la
vie du village et de l seigneurie d’Avignonet. Il évoque également les
Champfleury, Derrion de Fontchesne, Magnan, qui tous vécurent à As, leur
dernière descendante étant décédée aux Bettons en 1839.
(9)
J. CHANCEL et J. J. ELOUET : rapport de visite au château d’Ars à
Avignonet le 24 septembre 1997
(10)
B. GUIRIMAND : un notaire du Trièves sous Louis XIV et sous Louis XV, 1997
Après
eux, le château continua à vivre avec Charles de Nantes, seigneur d’Ars et
d’Avignonet qui, nous dit le Dr GUIRIMAND, préférait à Ars son château du Serf,
puis Claude de Cornulier et les Chantel de Roussillon… jusqu’à la « Mère
Ticket » durant la dernière guerre.
Les
notes cumulées du Dr GUIRIAMAND et de M. Charles BLANC LAPIERRE, Président de
l’association « Sauvons le château d’Ars » permettent d’entrevoir une
chronologie possible des possesseurs d’Ars :
1250 :
mention controversée de L. TERRAS (voir infra)
1339 :
l’enquête delphinale ne fait aucune mention d’Ars
1605
– 1675 : Charles du ROUX de CHAMPFLEURY, né vers 1605, sieur d’Ars,
gouverneur du Fort Barraux en Grésivaudan, époux de Madeleine de REVILLASC,
était propriétaire d’Ars et habitait épisodiquement le château (Cf :
ouvrage précité du Dr GUIRIMAND)
1675
– 1716 : Marie du ROUX de CHAMPFLEURY ( 1636 – 1716), épouse de Jean
DERRION de FONTCHESNE a vécu en permanence durant 30 années à Ars.
1692
– 1718 : Antoine DUSSERT CLAPIER est fermier d’Ars (BG op. cit. pages 83
et 94)
1700 :
le 17 décembre 1700, Marie du ROUX de CHAMPFLEURY vend à Claude de NANTES la
seigneurie d’Avignonet acquise par sa famille 23 ns plus tôt (BG op. cit. page
131)
1718
– 17.. ? : la château passe à Pierre MAGNAN, gendre de Marie du ROUX
et à Jean DERIION conseiller du Roi qui effectua de courts séjours à Ars
1750 :
à cette époque, Claude de CORNULIER est seigneur d’Ars et écuyer du roi (BG op.
cit. page 108)
1756
à 1758 : en 1756, le domaine passe par adjudication à Charles de NANTES
qui possède également le château d’Avignonet que son père Claude a acheté à son
beau frère François du Fau (BG op. cit. pages 108 et 145)
1768
à 1820 : Laurent de NANTES est seigneur d’Ars et d’Avignonet jusqu’en
1793, date à laquelle il émigre en Algérie. Néanmoins, il restera probablement
propriétaire du château jusqu’en 1820.
Début
du 19ème siècle : l’un des derniers descendants des de
CHANTEREL de ROUSSILLON est fermier d’Ars (BG op. cit. page 108)
1820
– 1920 : le château appartient à la famille de M. GACHE, Président de chambre
à la Cour d’Appel de Paris
1885
– 1905 : Victor CHEVRIER, sa femme Julie et leurs neuf enfants sont
fermiers d’Ars. Cinq de ces enfants sont nés à Ars : Auguste (1888),
Virginie (1891), Blanche (1893), Berthe (1896) et Joséphine (1897)
1905
– 1920 : François CHEVRIER et son épouse Clémence sont les fermiers d’Ars.
Leurs trois enfants, Yvonne en 1906, Charles en 1909 et Suzanne en 1912 sont
nés à Ars. Charles CHEVRIER a été tué accidentellement en 1913 par un
domestique dans la cour de la ferme.
1920
– 1945 : Michel MICHELI acquiert le domaine qu’il cultivera personnellement
jusqu’en 1935.
1935
– 1946 : Joseph PETIT JACQUES est le fermier. Son fils, Robert PETIT
JACQUES, est né en 1936 à Ars.
1942
– 1948 : le fermier est MOUCHE
1945
– 1961 : Caroline MICHELI (fille de Michel), née en 1923 à Ars devient
propriétaire à la mort de son père en 1945. Elle épouse M. BONNET et tient,
durant de nombreuses années, le restaurant de la rue Jean Jacques Rousseau à
Grenoble à l’enseigne « Chez la mère Ticket », encore exploité par
son fils.
1948
– 1952 : le fermier est Raymond BOLZON
1952
– 1955 : le fermier est Umberto PADOVAN
1955
– 1960 : Germain FAURE, dit « le Piare » vit seul à Ars
1961 :
EDF acquiert le site
2009 :
le site, transmis par EDF, est géré par l’Association « Sauvons le château
d’Ars » qui a entrepris une véritable croisade pour que ce château ne
sombre pas définitivement dans l’oubli.
Remerciements
particuliers à MM. Bruno GUIRIMAND et Charles BLANC LAPIERRE.